A l'Atelier

Denis Bourges

Glaneurs, glaneuses

 

Le Haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté, Martin Hirsch, a rendu public lundi 26 janvier 2010 la première étude approfondie sur la pratique du glanage alimentaire. 

Cette technique consiste à "récupérer de la nourriture à la fin des marchés, dans les poubelles des commerçants ou dans les containers des supermarchés". Ces données doivent permettre la mise en oeuvre de mesures en faveur des personnes en difficulté qui ont recours à ce système.

le glaneur n'a pas de profil type, tous les âges sont représentés. Bien souvent, il dispose d'un logement; seuls quelques glaneurs vivent dans la rue. Certains ont une approche plutôt positive de la pratique, la considérant 

comme "une optimisation des ressources disponibles".

Les personnes âgées ou ceux qui ont connus une situation économique meilleure ont davantage de mal à accepter cette pratique, considérant dans bien des cas qu'ils "exploitent les restes" des autres. Le glanage, seule solution à leur portée, est alors source de honte.

Joseph Gallix

Le combat continu

 

Ce documentaire portant sur le conflit des ouvriers amiénois de Goodyear fut mené entre Mars et Mai 2013. Ce conflit social eut la particularité de durer sept ans. Ce fut pour moi un terrain propice : travailler sur ce sujet sans être dans le traitement d’actualité et pouvoir creuser dans la réalité humaine du conflit. Ainsi je me suis tout d’abord attaché à rencontrer des salariés chez eux, parler avec eux, les écouter, comprendre leurs motivations dans cette lutte et photographier leur intimité en étant enrichit par nos échanges préalables. C’est dans la sphère intime que se révèlent nombres d’indices et de clés de compréhension de ces personnes et de leur combat. Cependant l’accès à leur intimité et leur confiance eut un prix, celui de l’écriture.

Dès mon arrivée à Amiens et mes premiers pas vers les salariés je compris que toute personne parlant de photos et de rencontre était considéré comme un journaliste et un traitre potentiel. Si nombre d’entre eux se sont laissés aller un jour ou l’autre à se confier à un journaliste, la plupart a été blessée de voir les coupures servir le spectacle médiatique, ne montrer que l’énervement plutôt que les propos intelligibles. 

Face à cela mon choix fut de me démarquer, promettre de ne pas écrire personnellement pour ne pas trahir.

A l'Atelier

Thierry Girard

Après le fracas et le silence

 

Cette série est le résultat de deux séjours au Japon.

Le premier en août 2011, cinq mois après la triple catastrophe du 11 mars 2011

(tremblement de terre, tsunami, accident nucl.aire). Ce voyage s’est fait à l’invitation de l’Institut français du Japon (Tokyo). J’ai alors longé une grande partie de la côte Nord du Japon (Tohoku, préfectures de Fukushima, Miyagi et Iwate) depuis Iwaki, à la limite sud de la zone interdite de Fukushima jusqu’à Miyako dans la province d’Iwate, 400 km plus au Nord. L’exposition originelle a été présentée en 2011 à Fukuoka et à Tokyo, puis à Sendai dans le Tohoku en 2012.

Le second en novembre 2012 grace au soutien de la ville et du musée de Digne‐lesbains (jumelée avec la ville de Kamaishi dans le Tohoku, à 350 km de la zone de Fukushima) et grace à une bourse de la Région Poitou‐Charentes. 

Ce travail a été exposé au Cairn, centre d’art contemporain de Digne, en mars‐avril 2013.

La réunion de ces deux voyages a été présentée une première fois à Bordeaux en avril 2014, salle capitulaire de la cour Mably, dans le cadre du Festival Itinéraires des photographes voyageurs, puis en juin 2014 à la Maison de la Culture du Japon à Paris lors d’un colloque intitulé "Penser/créer avec Fukushima".

A l'Atelier

Helene Schmitz

Kudzu project

 

 

En 2012 Helene Schmitz a entamé une étude de terrain aux États-Unis dans l’idée d’explorer le phénomène Kudzu. 

Le Kudzu, Pueraria lobata est une plante envahissante qui couvre aujourd’hui de vastes étendues du sud de l’Amérique. Il a été introduit aux États-Unis à la fin du 19e siècle. La plante qui provient à l’origine de la Chine a été offerte en cadeau au peuple américain de la part du Japon. Les grandes et belles feuilles du Kudzu et sa croissance rapide ont suscité l’admiration des Américains. Très vite les horticulteurs se sont mis à cultiver le Kudzu dans leurs jardins. Cependant, au début du 20e siècle des botanistes ont commencé à exprimer leurs inquiétudes quant à la dimension envahissante de l’espèce mais leurs mises en garde ont été ignorées. Dans les années 1950, la question de l’extermination du Kudzu est devenue primordiale pour les autorités américaines ; plusieurs études et rapports avaient en effet établi que le feuillage dense de la plante étouffait la végétation d’origine au point de la tuer. Aujourd’hui le Kudzu est considéré comme l’une des pires espèces envahissantes du monde. 

Helene Schmitz trouve la notion de plante « envahissante » intrigante puisque ce terme est habituellement employé pour décrire des actes de guerre.

A l'Atelier

Brian Ulrich

Retail, Thrift, Dark Stores

 

Brian Ulrich (né en 1971, à Northport, New York, USA ) est un photographe américain connu pour son exploration photographique de la culture de consommation.  

C’est en 2001, suite aux attentats du 11 septembre et à un appel national fait aux citoyens de soutenir l'économie américaine via un renforcement des achats, que Brian Ulrich a initié le projet, Copia, afin de  documenter la société de consommation. Ce projet, dont les séries « Retail », Thrift » et « Dark stores » sont issues, est un ensemble de photographies grand format de consommateurs, d‘espaces de vente et d’étalages de marchandises. Initialement axée sur les grandes surfaces, les espaces de vente au détail et les acheteurs, le travail s’est ensuite élargi pour inclure des magasins d’occasions, des arrière-boutiques  et, plus récemment des magasins vides et centres commerciaux abandonnés.

Brian Ulrich a été nommé par le magazine Photo District News comme l’un des 30 photographes émergents en 2007 et a reçu en 2009 la prestigieuse bourse Guggenheim des arts en photographie.

A l'Atelier

Hervé Jézéquel

Surtsey, Materia prima (vidéo), Collection Mémoire de pierre, Paysages élémentaires, Retour de cendre, Vent nocturne

 

Sans jamais vraiment l’avoir formulé, Hervé Jézéquel est depuis ses premiers travaux, inspiré par le chaos quelles qu’en soient les définitions ou connotations dont le mot est chargé. Il ne s’agit pas de tant d’évoquer le désordre que l’on observe à la surface de la terre que de rechercher, retrouver, imaginer un état primitif et mystérieux du monde, dont l’homme a perdu la mémoire et les repères. 

A ces débuts, il s’est d’abord intéressé à la représentation de la ruine en photographie, une architecture du désordre et de la désolation mue par un sentiment de mélancolie. Progressivement, c’est la matière même, notamment la pierre et l’eau, qui devenaient objet de ses observations, dans leur formes et informités les plus brutes. D’une représentation pittoresque du monde, son regard basculait dans celui, sublime d’une nature plus mystérieuse, rugueuse et hostile, qui d’une certaine manière effraye, par sa violence et son immensité (océan, désert) et donne à l’homme de se confronter ou habiter un paysage dans lequel il cherche à se positionner. Dans les séries et travaux qu’il développe depuis près de trente ans, Hervé Jézéquel a construit un vocabulaire qui lui sert d’outil. De ses images émergent  une perception chaotique du monde.

Au Temple du Goût

Télécharger les documents détaillant chacune des expos. 

Matthias Pasquet

Opération d'archéologie préventive

Prix QPN 2015

 

J’ai accompagné durant 6 mois les recherches réalisées par l’Inrap dans le cadre de l’aménagement du quartier de l’École polytechnique par l’établissement public Paris-Saclay, situé sur les communes de Palaiseau et de Saclay. J’ai ensuite suivi les post-fouilles effectuées dans le centre archéologique de Pantin.

L’Inrap assure la détection et l’étude du patrimoine archéologique touché par les travaux d’aménagement du territoire.

Le travail de fouilles et de post-fouilles est placé dans une temporalité flottante et incertaine. C’est une dichotomie troublante entre deux époques, un vertigineux bond d’une vingtaine de siècles sépare le présent de la fouille et l’objet d’étude. Nous avons alors affaire à des objet fantômes, oubliés pendant un temps et appartenant au passé, ils réapparaissent.

L’archéologie préventive met donc en exergue dans son processus temporel la relation qu’un espace donné entretient avec son passé, son présent et son futur. Cette méthode nous fait prendre conscience de l’épaisseur du temps.

 

Photographies réalisées avec le concours de l’Institut national de recherches archéologiques 

préventives (Inrap).

A la Dulcie Galerie

Joseph Gallix

Amore à mort

 

«Amore À mort» est un ensemble de trois séries axées autour de la perte de l’être aimé : « Maurice », « Darling Darling » et « EL ».

Maurice, vieil ours solitaire depuis la mort de sa femme, a laissé Joseph Gallix entrer dans sa sphère intime, découvrir leur histoire et photographier son présent.

L’auteur, admiratif de ces hommes qui refusent la mort, rencontre Robert en 2012 avec qui il réalise "Darling Darling". À ce moment là, cela fait déjà cinq ans que son « petit bouchon » comme il l’appelle encore, s’est fait attraper par le crabe et que Robert, obstiné, continue à refuser son départ. Entouré par nombre d’animaux et de végétaux, il évite le pire en comblant le vide autour de lui.

Enfin il y a « EL », le père.

Galerie du Rayon Vert

Paul Huart

Peculiar places

 

Le travail de Paul Huart, « Peculiar places », est issu de photographies réalisées lors de voyages, représentant des lieux, sans entité humaine (ou très peu), mais où l’homme a laissé une trace de son passage, une empreinte de type industrielle, la mémoire temporelle d’une activité ou d’une action humaine ayant eu lieu ou existé à un moment ou à une époque.

Ce travail photographique se situe dans le domaine du constat, à une période où les notions de production et de croissance sont devenues de rigueur.

Il interroge les limites de notre civilisation productiviste. N’atteignons-nous pas, en Europe et ailleurs, une étape chaotique, troublée, où la confrontation Terre / Action humaine se retrouve en collision et en équilibre de plus en plus précaire ?

Paul Huart choisit de montrer des lieux, souvent assez communs, des espaces témoins et victimes à la fois, de la résultante de l’activité humaine. C’est souvent du déchet dont il est question, ou plutôt de « l’abandon de l’objet » (ou « l’abandon de projet », immobilier ou usine par exemple), entraînant inexorablement un désordre et engendrant des conséquences souvent insoupçonnées à plus ou moins long terme.

Galerie du Rayon Vert

Hervé Jézéquel

Materia prima, Islande

 

Hervé Jézéquel présente la série « Materia Prima ». Ses photographies ont été prises en Islande lors de multiples voyages sur cette terre, qui pour lui, évoque tant le processus de destruction que de création. L’auteur donne à voir un monde qui s’effondre, s’embrase ou se liquéfie, dans un cycle de perpétuelle mouvance et recréation. Il s’attarde sur des petits paysages, des espaces de presque rien, des détails, des affleurements, des matières, des couleurs, des phénomènes de météores, des silences et des fracas.

Les photographies de la « Materia Prima » sont issues de l’observation aigüe du lieu, traduite comme « forme - paysage » (un peu à la manière des « pierres paysage » (paesine) que décrivait Roger Caillois).

Les images sont des empreintes de la réalité, mais son travail oscille, tend à basculer vers l’imaginaire et reste inspiré des lectures de Gaston Bachelard lorsqu’il évoque la grotte, le souterrain, la montagne, l’eau, le ciel et les nuages. Il s’agit d’image d’un monde dont on ne sait plus si on en voit la fin (le bord du chaos) ou le commencement d’un autre, le passage des ténèbres à la lumière.

L’image (l’acte de photographier) se voudrait modestement une tentative d’ordonnancement du chaos.

Galerie du Rayon Vert

Grégory Valton

La furtive

 

« La furtive » s’inspire des derniers jours du poète Robert Desnos, qui fut déporté en Allemagne pour faits de résistance. Au prix d’une marche forcée de plusieurs centaines de kilomètres entre l’Allemagne et la République Tchèque, le poète va finalement être emporté par le typhus dans le ghetto de Terezin le 8 juin 1945.

Ce projet s’est déroulé en deux temps, deux voyages, deux approches distinctes de l’histoire et des lieux. Durant le mois de février 2006, Grégory Valton a arpenté l’ancien ghetto, où des milliers d’hommes ont achevé leur vie. Se confronter à ce lieu a été le moyen le plus direct de sentir et d’entrevoir ce qui s’y était passé. Un an plus tard, il est retourné sur les pas de Desnos, pour faire à son tour, la marche forcée qui mena le poète et ses compagnons d’infortune à Terezin.

«La furtive » est un hommage au poète, au fil d’un trajet marqué par la souffrance et par une ville-ghetto qui n’a cessé de le hanter.

Ce projet est aussi le fondement de ses recherches artistiques autour des questions de l’épuisement et de la disparition du corps.

Galerie du Rayon Vert

Philippe Chancel

Datazone

 

Depuis plus de vingt ans, Philippe Chancel poursuit une expérience photographique dans le champ complexe, mouvant et fécond, entre art, documentaire et journalisme. Un travail en constante évolution sur le statut des images quand elles se confrontent elles-mêmes à ce qui fait « images » dans le monde contemporain. Initié très jeune à la photographie.

Des reportages successifs dans les ex-pays de l’Est marqueront ses débuts dans le photojournalisme. Son travail a été largement montré et publié en France et à l’étranger dans les plus grands magazines du monde entier. Il a affirmé progressivement une nouvelle approche de la photographie documentaire, en particulier avec son travail sur le monde de l’art contemporain qui a fait l’objet de plusieurs ouvrages. 

Philippe Chancel travaille actuellement sur un nouveau terrain documentaire intitulé « Datazone », qui cherche à montrer sous ses multiples facettes et par une écriture singulière, des territoires surexposés ou au contraire inconnus des radars médiatiques. Ce projet l’a déjà mené de Port-au-Prince à Kaboul en passant par Fukushima, Barnaoul, Astana, l’Afrique du Sud, le Delta du Niger ou encore à plusieurs reprises en Corée du Nord. 

Amélie Labournette

Empire of dust

 

« Empire of dust » est une série de photographies réalisées au sud de l’Italie où les crises et détournements financiers ont fait de l’inachevement une esthétique architecturale. « Il s’agit pour [Amélie Labourdette] de trouver le juste point de conjonction entre une approche de distanciation réflexive et l’expérience de « l’indétermination », de ce qui se dérobe à nous. »

L’esthétique est particulièrement travaillée bien que non maniériste, l’artiste «ne succombe pas à la fascination fétichiste que les bâtiments exercent généralement sur les architectes et les photographes d’architecture. [Elle] cadre [ses] images de manière à ce que les constructions inachevées fassent partie du paysage sans le dominer. Partout, le sol et le vide sont présents, signifiants, à la fois. » L’architecture qui pourrait être le sujet photographique constitue un élément de territoire.

Amélie Labourdette déjoue la temporalité de la prise de vue. L’instant de captation s’étire jusqu’à devenir une période éthérée créant un sentiment d’irréalité ; dans un statisme absolu, la lumière opaque, dense, et l’absence d’ombres réalisent un glissement de la stratification temporelle du paysage qui contient préludes du passé, indices du présent, et stigmates du futur.